A Turtle in a Kitchen

a déménagé

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Désolée pour le dérangement...

A Turtle in a Kitchen: septembre 2007

septembre 30, 2007

Parenthèse imagée sur l'art de vivre et les petits riens qui rendent heureux

En quittant mon nid lyonnais pour ces deux semaines de vraies vacances, je n'avais qu'une pensée : me laisser porter, sans rien anticiper, préparer, ni imaginer. Une seule idée, se laisser vivre totalement, pour une fois, sans forcer le destin.

Je n'avais pas cherché si partir ainsi, avec un Pôpa dont je ne savais à peu près rien des projets, hormis qu'il retournait là-bas, était mieux ou moins bien que d'autres vacances, ailleurs, avec d'autres gens. C'était juste l'évidence, et je ne lutte pas contre une évidence. Et puis, j'y avais laissé mes moules en silicone en même temps que ma frustration de cet été de n'avoir pu profiter pleinement d'un lieu que j'adore. J'ai donc pris la route du départ, sans savoir même si j'arriverai là bas à poser le fardeau de l'angoisse et du stress qui s'était peu à peu immiscé jusqu'à me faire imploser intérieurement sous la pression. Je suis partie avec ma valise, faite la tête ailleurs, et totalement inutile avec ses kilos de vêtements non utilisés, - le jean, le pull, et le ciré suffisent largement à ma vie bretonne-, mon ordinateur, présent pour deux choses essentielles : la musique et les photos. Pour le reste, interdiction formelle d'ouvrir le moindre dossier word. Je l'avoue je n'ai même presque pas lu, hormis le fabuleux Dictionnaire des Mots nés de la mer, et le tout aussi parfait Miscellanées de Monsieur Schott.


A l'arrivée, après une légère incartade à Paris, le temps d'un week end -d'où Pôpa m'appelait régulièrement, inquiet qu'il était que je ne finisse jamais par le prendre ce train censé me conduire au Pays du Trégor, m'imaginant perdre la tête, bercée par les sirènes parisiennes-, j'ai retrouvé celle qui m'attendait, inchangée



Il y avait de quoi se sentir tout de suite apaisée. Et pourtant, non. Pas immédiatement, ou plutôt, pas totalement. La nuit, l'angoisse retissait sa toile, m'entourant inéluctablement et me faisant jouer des scénarios catastrophes, d'où je me réveillais perdue, coupable. Plus d'une fois, au réveil, j'ai pensé à rentrer...mais il y a des noeuds qu'il faut savoir défaire...



Pour nous occuper, le mauvais temps empêchant les premiers jours les virées en mer, nous avons commencé à sillonner la Bretagne nord, refaisant pas à pas le chemin des souvenirs d'un Pôpa de plus en plus enthousiaste, réalisant brusquement qu'une bonne trentaine d'années s'était écoulée sans qu'il ne les parcoure.

Et, ainsi, de l'île de Bréhat,


































en passant par Carantec, Morlaix, St Pol de Léon,












Roscoff et l'île de Batz










Tréguier, Perros Guirec, Ploumanach et ses Pink Stones (Patrick cdm -tous droits réservés)








ou la fôret de Huelgoat où le parfum des Korrigans et autres fée Morgane s'égare sur un rocher -

de crêperies -dont la crêperie la Myrtille, à Huelgoat, inestimable d'authenticité-, en restaurants de fruits de mer et poissons, sous oublier les virées inopinées chez les amis d'enfance de mon père commençant par le partage d'un verre jusqu'à celui du dîner et se dilatant en fabuleuses discussions finies tard dans la nuit, nous avons profité...

L'apaisement a gagné du terrain, progressivement, et la plénitude de l'instant vécu par tous les pores de la peau, s'est immiscée, enfin, jusqu'à nous laisser, Pôpa et moi, dans un état de grâce permanent, sereins et euphoriques à la fois.

Nos journées bretonnes se sont émaillées du récit des fou-rires d'enfant de mon père, de ses premières virées en cormoran, de ses renvois successifs de pensionnat, des taloches et de l'incompréhension de mon grand-père terrien confronté à cet enfant de l'air, de la tendresse rugueuse de ma grand-mère, de ses victoires de garçon apprenant à se défendre, à coups de peignées flanquées pour ne plus en prendre, de ses déceptions amoureuses d'adolescent, de la complicité fraternelle se nichant au coeur de sa grande fratrie, de la tristesse des déménagements le laissant orphelin de sa Bretagne natale...

Pour la première fois, confortablement installée dans la voiture, ou le visage fouetté par les embruns, en haut d'une falaise, guettant au loin l'approche d'un bateau rentrant tranquillement au port, les divers visages de mon père me sont apparus, tous ceux dont il n'avait pas jugé bon de parler, par oubli, par peur, sûrement, de ne pas intéresser, parce que la vie, par ses quotidiens linéaires ou acrobatiques, écrase les souvenirs et la transmission, le partage de bien des moments simples, mais uniques.
Nos silences, également, étaient colorés de sens, remplissant l'air autant que les embruns, instants de respiration dans nos journées saturées de paysage et de vent. A se dire que parfois, les mots sont bien inutiles pour communiquer

Et puis, au détour d'une route, croiser un cimetière de bateaux, rendant soudain nostalgique,





















être fascinée par l'évolution d'une mouette, sur une cale


ou attendrie par un château éphémère laissé à regret à la marée par quelque enfant joueur, sur une plage déserte




















vibrer devant la mer, puissante et souvent colère, à cette époque de l'année


Respirer à grands poumons, pour se remettre d'un paysage qui coupe le souffle













jamais tout à fait le même, jamais tout à fait différent














Marcher dans la bruyère , sur les traces de mes propres souvenirs



Se dire qu'on pourrait vivre ici



















ou aborder ce bateau là Céder à des plaisirs simples

Pour ceux qui n'auraient pas reconnu, ceci est un Kouign amann tout chaud...


Vivre, tout simplement!


Allez, promis, pour célébrer la fin de cette grande parenthèse iodée et à défaut de pouvoir, comme certaines, voler bien au dessus des nuages, je vous promets que je me remets aux choses sérieuses et reparle de recettes de cuisine, très vite.
ps: je sais que je m'étais engagée la dernière fois à de ne plus m'épancher sur la Bretagne, mais là, ce n'était pas possible... et puis... que j'aime changer d'avis parfois!

Conté par Alhya at 9/30/2007 07:50:00 PM | 70 comments Fiche recette

septembre 10, 2007

D'un dimanche de septembre à une sage décision, en passant par le meilleur fondant bretonnant au chocolat qui soit


Premier dimanche d'un mois de septembre...


Encore tout à la légère excitation de cette première semaine de rentrée où tout s'enchaîne, sur un nouveau rythme, plein d'énergie. On ressort son cartable, ses dossiers. La veille, on prépare les nouveaux stylos qui permettront de réaliser mille et une tâches, on remet le réveil en position alarme... On fait les lessives, on met de l'ordre dans ses placards, remise à l'an prochain les paréos, les serviettes de plage et autres maillots de bain. Les premières heures au travail, on s'émerveille du bronzage d'untel, on tape amicalement dans le dos de tel autre qu'on est tout content de retrouver, bref bon an mal an, on est heureux, encore tout rempli de l'été. Le train-train habituel reprend, doucement, finalement agréable.


Même si je n'ai pas arrêté de travailler cet été, j'ai, moi aussi, remis en route le réveil à 6h30 pétantes, j'ai ressorti mes pochettes de couleur estampillées "préparation pour les cours premières et deuxièmes années", et commencé les traditionnelles réunions universitaires de la pré-rentrée.
Ce matin, premier dimanche depuis la reprise, je me suis réveillée avec la ferme intention de ranger tout un tas de choses. Mais presqu'aussi sec, c'est une irrépressible envie de fureter dans les centaines de photos prises au mois d'août qui est venue toquer à mon cerveau .... à peine levée, les yeux encore lourds de sommeil, j'ai allègrement cédé à la tentation. Sortant doucement des vapeurs de la nuit en buvant mon café noir du matin, je les ai observées avec un nouveau regard, l'une après l'autre....

Non, ne me jugez pas! C'était juste pour le plaisir, et sans même de nostalgie.

Parce que j'adore ça. Parce que ça m'épate toujours de constater à quel point la mémoire est bien faite : en fermant les yeux, je retrouve immédiatement, comme par magie, l'odeur de sable chaud et riche de crème solaire, j'entends à nouveau le brouhaha si caractéristique de la plage bondée de parents et d'enfants, la voix de la mère hurlant à la petite dernière de ne pas flanquer de grands coups de pelle à son grand frère et à ce dernier de ne pas profiter du château de sable pour ensevelir cette capricieuse, celle de ma voisine de serviette parlant du fabuleux petit manteau trois quart qu'elle compte bien s'offrir dès le mois de septembre, aperçu dans le dernier Elle, celle du père encourageant son p'tit bonhomme haut comme trois pommes à braver sa peur de l'eau et à tater du peton la manche qui le rend un rien frileux...

Oui, ils étaient bien nombreux les vacanciers venus profiter des rayons de soleil si réputés de l'ouest breton.... et Ma Bretagne les as bien accueilli, n'en déplaise aux mauvaises langues qui prétendent que la pluie est toujours de la fête, là bas...


Cette Bretagne-là, s'offrant aux touristes, celle des cartes postales s'était fait belle. Je pourrais vous parler de son sable à la douceur unique, de ses galets blancs qui permettent de rejoindre dans un numéro d'équilibriste la plage, de ses mouettes que j'écoute, les yeux fermés et les mains dans le sable. Mais ce n'est pas ce visage qui me parle le plus. En voici un autre, plus mystérieux et mélancolique


Cette dernière photo me parle tout particulièrement. Elle porte tout en elle.
Je vous présente la cale, à marée basse. Au loin, les bateaux échoués, les îles que l'on a l'impression de pouvoir rejoindre à pied tant la mer s'est reculée. Plus personne, pour fouler ces quelques centimètres de dur, ils sont tous rentrés au bercail car il est tard. Tous, sauf moi, car c'est à cet instant précis que je l'aime, ma Bretagne ténébreuse, juste avant que les derniers rayons de soleil ne la quitte, elle est toute à sa fragilité...

Voilà, c'est promis, je m'arrête à présent de me répandre ainsi en images. J'avais juste un envie de vous montrer ce qui me percute l'oeil, et marque la mémoire.



Bon, maintenant, il est temps de passer enfin aux choses sérieuses, très sérieuses même. Pour continuer dans les petites douceurs qui aident à mettre un pied dans la rentrée, voici la recette du fondant au chocolat qui rend extatique...
Vous le savez à présent si vous passez quelques fois par ici, je ne refais presque jamais une recette, aussi bonne soit-elle. Par manque d'envie, parce que j'en ai tant à essayer, que je n'ai guère le temps de refaire celles qui m'ont plu et aussi parce que les rares fois où je réitère, comme pour me prouver que j'ai tort, je trouve souvent le résultat un peu moins à la hauteur.
Pourtant, cette recette-là, depuis que je l'ai découverte sur le blog de Bergamote en juin (c'était là), j'ai dû la refaire une bonne dizaine de fois. J'aurais aussi pu la découvrir chez Blanc d'oeuf, qui lui même la tenait d'Adèle, chez Guillemette..., ou un peu après chez Marion.

Comme par magie, ses proportions sont entrées dans ma tête, dès la première réalisation, à mon insu, pour ne plus en sortir. Seules quelques rares recettes ont un tel privilège....

Et dès lors c'est devenu mon arme magique. Celle grâce à laquelle je séduis petits et grands, hommes et femmes, toute personne ayant quelque gourmandise, même bien camouflée derrière des années de bons et loyaux services du "non, je ne cèderai pas" du " non, je n'aime pas tant le chocolat, ou encore du "oui, je veux continuer à entrer dans mon superbe deux pièces acheté une fortune en prévision de l'été". Pas un n'a encore résisté.

En somme, cette recette c'est LA valeur sûre. De celles qui mériteraient de figurer au top ten des meilleures recettes chocolatées du millénaire, sans l'ombre d'une hésitation...

Certes, j'ai déjà en ce lieu évoqué la truffe géante de la Mère Anne, le fondant de Nathalie, ou encore ce fichu Pavé au Toblerone qui règne sans conteste au sommet des meilleurs souvenirs chocolatés de mes testeurs officiels qui, à seulement l'évoquer, en ont encore l'oeil qui frétille d'émotion....

C'est évidemment un palmarès déjà conséquent. Et pourtant, je ne peux m'abstenir de vous narrer la merveille que constitue ce fondant là. Fondant... oui, il l'est. Néanmoins, à tout bien y penser, il mériterait à lui seul un nom spécifique. Dans le milieu, on l'appelle la Truffade, le fondant et j'aurais pu le traiter de Tuerie, titre que je réserve au meilleur du meilleur, sans aucun état d'âme. Je vais pourtant ce soir le renommer, d'un titre qui pour moi lui donne ses lettres de noblesse, tant il constitue à mes yeux le meilleur équilibre du goût, du plaisir et du péché. Car oui, ne nous leurrons pas, quand il est question de gâteaux au chocolat et que ce dernier est digne de ce nom, alors, il est toujours question de pure gourmandise...


C'est pourquoi, du haut de ma carapace de Turtle, je le fais Meilleur Fondant Bretonnant au Chocolat qui soit



Ingrédients: Voici les proportions pour un bus de nageuses russes avec, entre parenthèses, la version pour 6 à 8 personnes qui souhaitent quand même entrer dans leur maillot tout l'été


  • 750 g de chocolat noir à 70% de cacao (250g)
  • 500 g de beurre mou demi sel (c'est ma p'tite touchequi donne son côté bretonnant à ce fondant irrésistible) (166g)
  • 400 g de sucre semoule (134g)
  • 12 oeufs entiers (4)




Marche à suivre :

  • Chemiser un moule à cake de film alimentaire ou utiliser des petits moules à financiers en silicone, de préférence (moi j'opte pour ces derniers, et c'est le top, n'est ce pas Marion?)
  • Faire fondre le chocolat au bain-marie (ou au micro ondes)
  • Dans un saladier, mélanger le beurre très mou au sucre, et ajouter en fouettant les oeufs, 2 par 2
  • Incorporer le chocolat fondu
  • Verser dans le moule à cake et faites cuire entre 45 et 60 min à 100°
  • Laisser refroidir gentiment à température ambiante (ou au frigo) quelques heures et déguster




Bilan des courses:



Difficile de ne pas tomber dans la facilité de juste vous dire que pour savoir quel est le goût atrocement irrésistible de ce meilleur fondant bretonnant, il convient de l'essayer.
Je serais même particulièrement tentée d'opter pour cette solution, étant donné que cette recette, en plus de nécessiter à peine 4 ingrédients, se réalise sans presque aucun effort. En somme, elle a de quoi faire devenir fin cuistot tout un chacun, aussi peu doué soit-il (et je ne pense à personne en particulier, non, non... ).

Pourtant, je me sens d'humeur partageuse et l'âme charitable, ce soir, et je vais donc tenter de vous expliquer quelles sont ses qualités.

Comme l'expliquait Bergamote, la botte secrète de ce fondant réside dans la cuisson. Votre four va gentiment le cuire à coeur, tout en douceur, sans jamais le brusquer, lui laissant le temps de légèrement durcir, sans jamais sécher. Il n'y aura ainsi ni croûte, ni bord extérieur étouffe-chrétien, point non plus de coulant au centre. Non, ce serait bien trop facile, et même galvaudé (pour ma part, j'avoue que je ne supporte que rarement le coup du fondant-coulant en réalité pas du tout cuit et totalement indigeste, dès la deuxième bouchée). Il vous réserve beaucoup mieux. Si vous observez attentivement les dernières photos, vous verrez qu'il est comme humide et c'est tant mieux, car il l'est effectivement. Dès qu'il prend le temps de s'installer confortablement sur une assiette et qu'on le décale, il laisse une légère marque, témoignant une fois de plus qu'il est juste irrésistible de fondant...

Je pourrais ajouter que la teneur en chocolat s'équilibre parfaitement avec le sucre, qui vient juste souligner ses lettres de noblesses, ou encore que plus vous voudrez sentir la force du chocolat, plus il sera important de choisir non seulement un chocolat de qualité, mais encore que ce dernier soit riche en cacao. Enfin, je ne pourrais que trop vous inviter à ajouter quelques épices (cannelle, muscade, gingembre,...) ou encore quelques notes herbacées (thé matcha, menthe ou, pourquoi pas, basilic) pour l'égayer davantage.

Voilà, et pour finir sur une nouvelle qui me réjouis, je vous annonce que je repars. Et oui, contre toute attente, je prends cette fois de vraies vacances... Loin de tout et surtout du principal, ma thèse. Je coupe les amarres pour 15 jours pleins de bullage... Ne m'en voulez pas, dites vous juste que c'est parce que cette fois, vraiment, j'en ai besoin ...

Conté par Alhya at 9/10/2007 10:29:00 PM | 103 comments Fiche recette

septembre 01, 2007

Retour...






Il y a des mots qui s’écrivent mal. Et pourtant, ils sont le signe qu’un départ sera possible à nouveau, plus tard.
Haute comme trois pommes déjà, les joues tachetées de rousseur autant que baignées de larmes à l’heure des départs, Pôpa m’expliquait, en m'essuyant le visage de ses doigts immenses à l’odeur de tabac, « tu dois partir pour mieux revenir », me portant ce regard tendre et sûr de celui qui sait.

Voilà bien une chose que je sais, à présent… et qu’il n’a pas eu besoin de me dire sur le quai de la gare cette année. Pas besoin de paroles.
J’aurais voulu le remercier pourtant, lui dire ce que je pensais de ce doux poison qu’il m’a filé dans les veines. Je n’ai pas su. Ce n’était sûrement pas nécessaire.






Je le revois les premières semaines mi-colère mi-déçu au fond de lui, ce Breton voyant débarquer sa bretonne de fille, sa fille des rochers, sa fille de l’eau, fermement décidée à s’enfermer. Colère de ne pouvoir réussir à lui faire décrocher cette volonté vissée au fond de l’œil, à lui imposer la relâche qu’il espère pour elle, ces vacances dont il n’ose prononcer les mots, de peur de fâcher cette Turtle qui, contre vents et marées, et bon sens aussi, persiste à se dire que 365 jours par an, c’est jouable, si si…
Il opte alors pour la douceur, passant juste avant sa tournée de courses, dans le petit appartement où s’est terrée cette travailleuse-là, accompagnée dans sa solitude laborieuse de ma P’tite Caille, convaincu par elle qu’on travaille bien mieux, les yeux dans la mer:





« Elle a besoin de quelqu’chose, ma moussaillonne ?»


Et, revenant tout sourire, bras chargés, fier d’avoir dégotté tel produit improbable dont il ignorait jusqu’à l’existence quelques heures avant, "Voilà ce que tu m'as demandé!".
Un Pôpa en pointillé, un Pôpa attendant son heure, pas loin… Respectant l’isolement de ses deux enfants, mais rêvant de leur parler enfin de l’un de ses plus grands rêves conjugué cette année au présent.


Et le départ de ma P’tite Caille est arrivé, un mémoire en main et une mission accomplie, laissant derrière lui sa Turtle à sa Bretagne, sous l’ombre d’une thèse. Un coup de sang et une brusque envie de fuir alors, loin du retard, de la fatigue et du ras le bol. Refaire ses bagages pour trouver ailleurs l’envie qui manque, même ici. Lire alors dans le regard du père la déception. Tenter de continuer à se convaincre qu’il faut partir. Admettre dans les larmes que ce n’est pas une bonne idée, qu’on est juste fatigué, épuisé même, qu’on est plus bon à rien, et surtout plus à travailler, craquer. Finir par entendre ses conseils : lâcher la barre pour suivre le vent… Et se retrouver un beau jour en mer, enfin….











"- Lit la mer, regarde, elle te dit le vent
-…
J’observe de toutes mes forces l’horizon
-Tu vois, au loin, l’eau est plus foncée, la risée arrive. Tiens ta barre, sent le vent, ne laisse pas ton foc faseiller.


C’est mon parrain qui m’explique. Il me conte la voile et ses règles. Pôpa le laisse parler. Lui aussi, il sait, bien sûr, mais intuitivement. Il est celui qui a jeté son frère dans un cormoran à 5 ans à peine, mais lui a appris seul, en dessalant, par gros temps, en suivant ses intuitions, en laissant la voile lui parler de son histoire de risée à l’oreille, à l’âge où d’autres enlèvent juste les petites roues de leur vélo. Presque 60 ans qu’il fait corps et âme avec les cormorans et cette année, il a trouvé le sien, le premier.
Moi, je me régale dès les premiers instants, j’aime entendre ce que je ne comprends pas encore, mais qui m’imprègne de ce nouveau monde dans lequel je pénètre.
-Sacré vent d’est, on prend un ris.
-Lâche l’ancre
-Non, non, t’inquiètes, fais donc, je tiens la barre,
rétorque mon père
Mon Parrain se lève, en équilibre, et le pied sûr, commence à détacher le drisse de la voile, remonte celle-ci d’un cran et la raccourcit, attache les écoutes les unes après les autres, serrées, sans se laisser embarquer par la voile qui, sous le vent, menace de le faire partir à la baille, un coup à droite, un coup à gauche.
Pôpa se marre, son frère aussi, deux gosses sur un jouet grandeur nature. Ils perdent 30 ans et je les vois gosses. Mon parrain continue à me parler de vent, m’explique qu'il adonne, ou refuse, variant selon les instants, me lance des mots sonores et étranges
« -Choque !
-Étarque !
- Remonte au vent !
Le cormoran se couche (ou gîte), presque à 90 °, prenant de la vitesse
«- Installe toi là, pose ton pied ici, tiens ta barre, ne rentre pas dans le lit du vent. Si tu rentres dans le lit du vent, tu perds ta vitesse et le cormoran se redresse
De temps à autre, le Stolvezen s’emballe et se met à virer dans le sens opposé à la barre, je la lâche alors, laissant le fougueux suivre son envie, pour mieux le reprendre ensuite et gagner du terrain sur le vent, risées après risées
« - Il est nerveux, ne te laisse pas faire
- Tu vas virer, maintenant, quand tu es prête, tu lances « pare à virer »
- « Pare à virer ! »
- Parés !
Le cormoran vire sous ma barre, je change de côté dans le bateau et commence à comprendre. On prend de la vitesse
«- Cap sur la bouée jaune, on va passer à vingt mètres de l’île là bas,
Le vent se fait plus fort, le cormoran tape dans les vagues et Pôpa, à l’avant, est trempé par l’une d’elles. Trempé, et hilare. Pas même de kWé pour se réchauffer, il m’a laissé le sien, il enfile un gilet de sauvetage orange vif
-T’inquiète, il a confiance en toi, ton père, la preuve, s’amuse mon parrain
-Bon sang, elle m’a bien trempée, et ils laissent des trous partout dans ces gilets, même pas utiles à ça, ces satanés machins ! répond mon père
- Elle tient sa barre à la Harley, lance mon parrain qui me rebaptise ce jour-là d’eau salée et de voile, presque 30 ans après m’avoir tenu sur un autre autel.
Je ne sais pas si c’est un compliment ou non, ne pose pas même la question. Je suis totalement ailleurs, fascinée par les sensations que je ressens en tenant cette barre. Les yeux dans le vent, dans le ciré immense de Pôpa, je savoure. Tout à coup, mes yeux croisent son regard d’océan, il sait alors.


Je ne veux plus que ça s’arrête. Il rit dans le vent, heureux de partager son histoire d’amour avec cette nature-là.
-Là bas, la balise, Cardinal sud, passage libre au sud
-Là, le rocher des trois frères, tu le longes, à mer haute, ta quille ne risque rien, plus à gauche, tu as un plateau rocheux. Regarde, dos au vent, tu ne peux lire les fonds, il faut virer
.
Mon parrain reprend la barre, regard au loin, anticipant l’obstacle. Je prends mon appareil photo et je mitraille
Mon père m’interpelle : « -Regarde où il nous fait passer !
Je peux toucher le rocher de la paume de la main
Ils sont hilares
-ça passe, je te l’avais dit, lui rétorque mon parrain, un sourire de fierté vissé aux maxillaires
Instants magiques d’un partage.

Quelques heures, libres, pleines, entières….
Retrouver des sensations de liberté, nouvelles et pourtant là, quelque part, au fond, enracinées…
Le soir venu, dans son lit, tanguer, jambes fébriles, rejouant les mouvements rapides doucement amadoués dans la journée et s’endormir dans un sourire, la tête fatiguée de vent, d’embruns et les rétines saturées de bleus infinis… sensation de plénitude balayant enfin les lignes noires et blanches d’un écran d’ordinateur…





J’ai laissé ma Bretagne pleine, aux grandes marées, celles qui remplissent l’anse jusqu’à bord, sans même faire une pêche de nuit… Ce n’était pas raisonnable, encore une nuit blanche…


Partir et ne pas se retourner, ne pas se dire, le dernier matin au réveil, le bol de café chaud fumant dans la main, que c’est le dernier où l’on voit ce paysage là avant plusieurs mois, ne pas se dire que l’on ne barrera pas le Stolvezen pendant longtemps, trop, forcément, ne pas se dire que l’an passé on était revenu là bas, en septembre, lorsque la plage n’est plus qu’aux romantiques amoureux des paysages bretons, ceux qui s’émerveillent d’un galet blanc poli dans le sable, d’un coquillage-chapeau dont Pôpa se fait des faux yeux, d’une mouette, installée sur son rocher, au soleil couchant du port….ne pas se dire…
Un peu nostalgique, forcément, heureuse tout autant… Qui ne pourrait l’être. Même en ayant travaillé tout l’été, j’ai vécu, senti, rêvé, dansé, bu, mangé, bronzé… La Bretagne a fait son œuvre malgré moi et c’est tant mieux. La seule chose sûrement négligée, le repos. Mais pouvait il en être autrement ?




Et pour finir sur une petite douceur du retour... voici la meilleure mousse au chocolat qu'il m'ait été donné de faire... Je l'ai piquée chez Fabienne, et c'est véritablement de la douceur et du réconfort en substance...



La Mousse au chocolat très chocolat au beurre salé



Ingrédients:




  • 250 g de chocolat noir de très bonne qualité


  • 50 g de beurre demi sel


  • 6 oeufs


Marche à suivre:




  • Faire fondre le chocolat et le beurre, sans cuire le chocolat


  • Laisser refroidir légèrement et incorporer les jaunes en battant vivement


  • Monter les blancs en neige très ferme avec une pincée de sel


  • Incorporer les blancs à la mousse


  • Laisser refroidir au moins 6 heures


  • Déguster...


Bilan des courses:



Je pense qu'il n'y a pas matière à débattre durant des heures, cette mousse est juste parfaite, en goût, en texture, en légèreté... du bonheur, sans sucre ajouté, juste l'essentiel...


















Conté par Alhya at 9/01/2007 10:26:00 AM | 74 comments Fiche recette